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Comment
définissez vous votre travail?
Je suis d'accord pour utiliser le mot "travail". En effet, la part de
travail manuel et artisanal est très importante, sans doute ,en temps réel,
la plus longue. J'ai du, par la force des choses apprendre à fragmenter
mon temps . Ainsi, certains jours ou pendant quelques heures je crée les
planches picturales, toujours sur carton, mais ce ne sont pas des oeuvres en elles-
mêmes, seulement des réserves de couleurs et de matériaux.
Elles ne sont jamais destinées à figurer telles quelles dans les
compositions. La
deuxième phase,( toujours du "travail") très souvent isolée
de la première, consiste à fragmenter et classer ces morceaux qui
deviennent alors des pièces d'une prochaine mosaïque.Parmi ceux-ci
certains comportent une clé, un code ou un fil conducteur dans sa tonalité
ou dans sa composition. Enfin arrive la phase finale, qui est la plus rapide
quelquefois, mais la plus décisive : la main plonge dans ces bacs emplis
de morceaux pour composer un récit, une musique, une fresque, un cri, un
paysage entrevu qui prend place sur le support. Rien n'est délibéré
si ce n'est dans l'inconscient créatif. Le format carré est apparu
comme la surface la plus appropriée, la seule sans doute où cette
configuration est possible. La
dimension des pièces et leur nombre se déterminent d'eux- mêmes
en fonction de l'espace choisi. Malgré
le changement, toujours possible au cours de la mise en place,il y a des assemblages
qui fonctionnent mal ou pas du tout et qui seront mis de côté. Rien
n'est jeté: l'atelier reste un réservoir inépuisable. Les
"archives" ainsi accumulées se retrouveront recyclées,mises
en abîme, oubliées puis retrouvées et probablement utilisées
un jour. Il
s'agit d'un travail "abstrait". Donnez vous un sens à vos oeuvres? Comme
vous le voyez, les oeuvres n'ont que des titres (si l'on peut dire) laconiques
où seuls sont révélés la dominante de couleur et peut-être
leur date de naissance ou numéro d'ordre. Leur sens, ou plutôt
l'impression qu'elles me donnent visuellement ou sensorielle- ment n'apparaît
qu'après, comme pour le public. Mais il y a forcément des lieux,
dans ces univers qui se côtoient sur la toile(je parle de chacune des pièces)
où l'oeil ou l'esprit "reconnaît" quelque chose, comme
ces taches sur les murs qui nous obsèdent lorsque nous y avons identifié
une forme. Je suis touchée de voir comment les regards se plaisent à
lire l'abstrait, ou plutôt ici le gestuel et à lui donner un sens.
Ce sens, ils le voient comme unique, personnel et donc souvent très fort,
presque magique ou spirituel. J'ai entendu des mots comme "apaisement",
"orage", "quatre éléments", "géographie" "Talisman",
"utérus" etc.... Ces lectures sont indispensables car elles
donnent vie à l'oeuvre et la mettent en marche. Couleur?
Matière? Qu'est-ce qui prime?
Les
deux sont indissociables. Chaque pièce procède d'une association
différente du matériau et de la couleur. On ne soupçonne
pas que certaines d'entre elles sont le fruit de 2 ou 3 superpositions, comme
des crépis ou ravalements successifs. Bien sûr, il y le jour où
le bleu s'impose, puis le bleu appelle le rouge, le blanc et pourquoi pas les
ocres ou les gris et là, on affronte un autre univers: celui de la terre! Pour
la matière, la main se saisit de tout ce qui traîne sur les étagères,
et pas seulement celles de l'atelier: le mastic de rebouchage, le tortillon de
ficelle fait du bout des doigts, machinalement, le faux débris de vaisselle,la
ferraille rouillée échouée sur un lit de vase. Tout ce qui
devait périr et attendait humblement quelque part. Ces choses là
obtiennent un vrai rôle: protagoniste ou figurant, musicien de l'orchestre
ou soliste. Et
les signes? Oui,
il y a ce que l'on peut appeler des signes ou des empreintes qui meublent la surface.
Ils questionnent le regard et peut-être lui répondent. De cette façon,
leur sens reste une propriété exclusive! On pourrait dire qu'ils
ont la propriété de structurer l'espace comme dans un tableau figuratif
la présence d'un édifice ou d'un personnage. Au départ
(sur la planche complète, non encore fragmentée) ils étaient
guidés par la main ,aussi libre que possible, mais donc intentionnels.
Une fois morcelés, ils perdent cette intention initiale ou en prennent
une autre. Est-ce
de "L'Art Contemporain"? Cette
expression ne me paraît rien désigner d'assez clair ; on l'emploie
dans des domaines très vastes de la production artistique du XXème
et du début du XXIème siècle. D'ailleurs,
il me semble que ce que je fais est plus proche de l'art singulier ou brut, malgré
un vrai contrôle "technique" du au fait que je suis passée
par les Beaux-arts. Je ressens pourtant une très forte attirance pour les
arts primitifs, rupestres, naïfs. J'ai aussi eu l'expérience de la
pâtisserie familiale où la fabrication de gâteaux (un vrai
mélange de genres!) m'a sans doute beaucoup marquée. J'ai aussi
pratiqué mais en parallèle, jamais en même temps, divers artisanats:
tissage utilitaire, cuir, papier etc... Tout
cela constitue maintenant un fond que je ne peux pas exclure de mon travail actuel.
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